DIALOGUES avec ROMA

ROMA et la TERRE

Comment fais-tu pour donner naissance à une sculpture ?
« Tout part d’une énergie qui grandit, parfois, cela peu durer très longtemps ,des mois, des années, puis un jour ça se concrétise, tout est réuni, elle peut éclore. Je pense que c’est l’œuvre qui m’appelle… j’ai souvent le sentiment que c’est elle qui me choisit … Cela règle quelque chose dont je ne suis pas forcément consciente. Ne pas tout dire, ne pas tout expliquer. Laisser l’œuvre parler d’elle même. Quand je sculpte, rien n’est jamais arrêté. Tout peut changer en cours de réalisation. »

Pourquoi as-tu choisi la terre comme matière à sculpter ?
« Je me suis toujours dit que « Je suis née dans la terre ». Et c’est pour cette raison que en contact avec elle je m’y sens reliée. Évidemment s’ajoute à cela la maitrise de la technique qui me permet de laisser entière place à la créativité et pouvoir ainsi m’y abandonner . Ensuite parce que la terre, peu à peu façonnée, me permet une réflexion progressive . Et enfin parce qu’elle se travaille dans le silence. J’aime la solitude…le silence…le temps qui passe. »

Comment t’est venue cette nécessité de sculpter ?
«J’ai toujours sculpté, depuis ma plus tendre enfance (j’assistais à des ateliers de modelage dès l’âge de 8 ans) Mais je crois bien que c’est la formation au shiatsu qui m’a amené à mieux savoir qui j’étais vraiment. Le shiatsu est un soin, une thérapie qui s’opère par le toucher, l’observation et l’adaptation, être à l’écoute, être présent, c’est laisser une place à l’autre, pour prendre conscience de son corps et de son image. Sculpter, c’est se soigner en manipulant la terre, c’est s’accompagner soi-même. On a des choses à régler avec soi-même et l’art peut participer à cela. Pour se soigner de quoi ? De ses propres névroses afin qu’elles ne prennent pas le dessus. Je suis née dans toute ma singularité en même temps que la pratique de mon art. »

Pourquoi sculptes-tu fréquemment le thème de la femme ?
Tout en ayant conscience que tout être humain a un côté féminin / masculin , je pense que moi en tant que femme, le monde du féminin m’a plus questionné et sûrement, j’avais des choses à réparer de ce côté là. La rondeur qui est plutôt dans la féminité me permet d’apaiser mes tensions. Mais aussi pour exprimer la femme libérée, épanouie, naturelle, sauvage, douce, aliénée, fantastique, fragile, exceptionnelle, innocente, forte, qui existe à travers nous et qui doit composer avec notre société moderne. Parfois je ressens le besoin de quitter ma zone de confort pour m’attaquer à une pièce abstraite, toujours plus complexe à réaliser car je me sens bousculée dans mes repères , mes acquis que lorsque je suis en face d’une pièce figurative ».

Comment vis-tu le contact avec la terre ?
« Pour moi, ce qui est important, c’est de toucher la terre, d’y rester en contact, de l’écouter, de la respecter. C’est rassurant. Elle ne me déçoit jamais : c’est une véritable communion entre elle et moi. J’ai même l’impression que parfois c’est elle qui décide. D’ailleurs, tout travail commencé n’aboutit pas avec une œuvre. Je m’aperçois que la terre est, en quelque sorte, le miroir de notre talent ».

Qu’est-ce qui explique le choix de tes couleurs vives ?
« Tout est chaud et intense. C’est le reflet de ma façon d’être. La présence du rouge dans mes sculptures invite le passant à y poser son regard. Et qui sait peut-être mes origines, ma ville natale : Barcelone»

Quelles sont tes sources d’inspiration?
« Les peintres Frida Kahlo et Niki de Saint Phalle pour qui l’art était un soin, une survie même. Et aussi les artistes Rodin, Brancusi, Modigliani, Archipenko, Camille Claudel, Laurent, Picasso, Camara de Lempicka, Gaudi en particulier pour la nature, les couleurs et les formes. Je m’y suis inspiré depuis mes débuts et aujourd’hui ils influencent toujours mon travail ».

Pourquoi donnes-tu des cours de sculpture ?
« On se doit de transmettre ce qu’on sait faire. Partager son art demande beaucoup de patience et m’apporte énormément de satisfaction. Accompagner mes élèves dans la réalisation de leurs œuvres me permet de les aider à augmenter leur confiance en eux et à se construire en tant que personne singulière. Sculpter la terre touche nécessairement à des aspects de notre propre vie. La terre laisse aussi place à l’erreur : On prend conscience qu’on a le droit de se tromper et qu’on peut recommencer. L’important est de ne pas abandonner. »

Quelle est ta pièce fétiche ?
« C’est le bol. Faire toutes sortes de bols, de tailles, de formes et de couleurs différentes. Ma première œuvre était un bol. La technique du bol est apaisante pour moi. Le bol est proche du plaisir originel, du sein nourricier. C’est faire quelque chose de rassurant avant d’aller plus loin : c’est le bol de transition. »

Est-ce facile de se séparer d’une sculpture ?
« Une fois l’œuvre achevée, différents états d’humeurs me traversent.Le moment de la séparation fait naître en moi des angoisses et de peurs : est-elle vraiment finie ? Une dernière retouche avant de lui adieu? La peur du jugement de l’autre : Est-ce que ça va plaire ? »

Finalement, qu’est-ce que ton art t’apporte ?
« Pour moi, sculpter, c’est une façon de questionner l’origine de la vie ».
J’aime le côté non intellectuel de mon art, ça vient des entrailles, pure vibration.
Je me sens plus libre dans la création. Le reste, le quotidien, peut parfois devenir secondaire ».

Comment te définis-tu, en ce moment ?
 » A la fois ouverte au monde et… retirée. Etre là …et me laisser glisser…Comme une de mes œuvres « CARPE DIEM , Entre dos aguas », sculpture d’ une carpe ».